Sélectionner une page

du 25 mai au 19 juin 2016

Alex Kanevsky et Kenichi Hoshine

Il y a d’abord une onde. Comme une résonance visuelle, la somme impossible de ce qui a été vu. Puis l’impression d’un heureux bug, d’une dérive entre l’œil et l’esprit. La peinture d’Alex Kanevsky a pour terreaux la nature et l’intimité.

Ses sujets sont le plus souvent seuls. S’il y a le prisme d’un observateur, c’est un autre admis, familier peut-être, dont la présence ne change pas la façon de se laisser voir. L’intimité ne tient pas tant de la nudité que de l’absence de poses de ses sujets. Ses natures mortes elles-mêmes sont des intimités domestiques: porte entrebâillée sur une salle d’eau, un lit défait, lavabo esseulé, pans cachés au tout venant, dans des décors d’une Amérique antérieure. Ses paysages aussi semblent des promenades où l’on veut être seul, ou avec un autre mais qui se tairait.

uncatchable-5

Alex Kanevsky ne déroule pourtant pas de narration, il laisse voir: un « N’attendez- pas que je vous dise quelque chose mais vous pouvez être là ». La conversation qu’il mène ne s’adresse pas à l’observateur. Regarder ses peintures s’apparente à être un entomologiste, observateur ignoré de ce qui vit sous son œil et au-delà de lui, et qui ne peut en saisir toutes les dimensions privées.

Ses sujets se laissent voir avec cet air distrait qui n’existe que dans un rapport apprivoisé. Sujets se fichant d’être vus, même lorsqu’ils s’offrent, et semblant dire « Ton observation ne me regarde pas ». Leur absence de posture offre un mélange de dureté et d’abandon, un je-m’en-foutisme à la beauté russe. Ni exhibitionnisme, ni pudeur. Réalisme social sans la misère. Réalisme intime. Alex Kanevsky ne tient pas d’autre discours que ce qui est couché. Sa conversation est à cueillir, par qui peut.

uncatchable-1

uncatchable-2

Les œuvres de Kenichi Hoshine sont étonnamment indépendantes. Chacune est un petit monde singulier qui semble n’appartenir qu’à lui-même. Des mondes dans lesquels il y a toujours une partie manquante. De façon tangible, c’est une partie grattée, rendue à l’abstraction ou une dimension voilée, embrumée par un recouvrement à la cire. Part manquante des sujets, cachés sous les draps, la neige, derrière un autre, leurs propres mains, ou simplement tournés. Tous se dérobent un peu à l’image, semblent ne pas vouloir être pris complètement, pointent le nez.

uncatchable-4

Le travail de Kenichi Hoshine donne le sentiment d’un lien originel à la photographie. Au-delà de la poésie qui émane de ce qui est représenté, de manières techniques très diverses, ce qui est le plus émouvant, ce sont ces parties manquantes, cachées, ce que l’on imagine de fragile derrière. Les images obscures ou les fragments de sujet sont plus attractifs, plus intrigants que l’image complète ne le serait, tout sur lequel il n’y aurait plus à se demander. La peinture de Kenichi Hoshine honore ce qui est dissimulé, ténu. Un peu à la façon des photos manquées qui se révèlent ensuite être les plus belles.

Consulter le dossier de presse